• Brouillard

     

    Le groupe d’humains progressait en deux colonnes serrées, le regard rendu vague par la fatigue et par la monotonie de leur marche.

    Tous voyaient de part et d’autre deux hauts murs, lisses comme la glace, à la couleur de cendre froide et qui ne laissait visible qu’une infime portion d’un ciel tout aussi triste.

    De temps à autre, l’un d’entre eux cueillait une baie, une feuille, arrachait une fleur, capturait une sauterelle, quelques vers dans la galle d’un églantier, puis en faisait le repas d’un enfant ou le sien même.

    Parfois quelqu’un trébuchait, tombait. Alors le groupe s’arrêtait et, à l’endroit même ou il se trouvait, chacun se roulait en boule et prenait un peu de repos, rarement pendant plus d’un millier de battements de cœur d’un vieillard.

    Lorsque celui qui avait, le plus souvent bien involontairement, décidé de la halte se relevait, tous en faisaient autant et reprenaient leur marche. Des coups de pieds, donnés sans méchanceté aucune, réveillant ceux qui avaient peine à s’extraire du sommeil.

    Lors d’une de ces remises en route, le groupe repartit avec un enfant de plus en son arrière garde. Personne n’y prêta attention jusqu’à ce qu’il se mette à remonter les colonnes en saluant joyeusement tous ceux qu’il rejoignait puis dépassait.

    Il y eut alors quelques rumeurs de réprobation. Cette gaîté, qui se communiquait aux autres enfants, prenait de la place et l’étroitesse du chemin n’en était que plus difficile à supporter. Cependant personne n’osa agir à l’encontre de la petite bouille réjouie qui sautillait vers l’avant.

    Bientôt Tamel fut en compagnie de ceux qui pouvaient apercevoir face à eux un petit morceau d’horizon. Après les avoir salués eux aussi d’un sourire, il les dépassa de quelques mètres et se mit à danser. Tout d’abord sans s’écarter de la ligne médiane du chemin, puis un pas à gauche, à droite, puis deux, puis trois. Tous les enfants derrière lui se mirent à en faire autant et ce mouvement, comme une onde se répandit jusqu’à la queue de ce grand serpent d’humains. Amplifiant sans cesse sa trajectoire, Tamel dépassa soudain dans sa danse ce qui avait semblé depuis si longtemps être les limites de ce chemin, et simultanément, les murs paraissaient s’écarter d’autant, puis s’éloigner même. Ils perdaient de leur densité – s’ils en avaient jamais eu – et devenaient brouillard. Un brouillard de plus en plus diffus et de plus en plus lointain au fur et à mesure que la danse, à présent de tous, s’élargissait.

    Le départ de Tamel passa aussi inaperçu que son arrivée.

    Les occupants de la tente où il avait dormi, les enfants avec lesquels, la veille même, il s’était promené dans les prés, les bois, ceux en compagnie desquels il s’était baigné dans une rivière - à moins que ce ne soit dans un étang - les animaux même qu’il avait rentré à l’étable, aucun ne s’inquiéta de son absence. Si ce n’est une toute jeune fillette dans l’esprit de laquelle il subsista un vague trouble semblable à celui qu’on éprouve après avoir respiré trop violemment un grand nombre de fois alors même que le corps ne le demandait pas.
     
    « FélurDe l'eau ! »

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