• Grand vent

     

    La montagne était couverte de brume. Une entité presque immobile au corps pâle, d'où fuyait de temps à autre des lueurs à la fois vives et rondes.

    Le vent agitait en des soubresauts imprévisibles les pins, les fayards, les chênes  et les herbes d'hiver que la douceur et l'abondance des pluies avaient rendues fières et grasses. Parfois même il parvenait à déséquilibrer une pierre en arrachant un peu de la terre contre laquelle celle-ci était parvenue à s'immobiliser lors d'une précédente chute.

    Alors, Tamel ne pouvait s'empêcher de rouler avec elle dans cette fête et ce désastre propre à mêler le haut et le bas.

    Quand la pierre trouvait à nouveau un appui stable, l'enfant la quittait et regagnait lentement son corps. Prenant le temps de caresser plus intimement les lieux qu'il avait survolé ou heurté en sa compagnie minérale. 

    ...

    Le Grand Chêne lui même souffrait des excès du vent. 

    Bousculé dans ce feuillage que, par orgueil, il avait refusé à l'automne, sournoisement affaibli par les filets d'eaux qui courraient entre ses racines, le Grand Chêne, dont tous les arbres de la forêt enviait l'espace qu'il occupait au bord du grand ravin, face à la course du soleil, le Grand Chêne était menacé.

    Tamel songeait à Archos.

    A ce corps dont chaque noeud irradiait une douce chaleur près de laquelle il aimait à se tenir.

    Archos qui, lui aussi tomberait un jour de grand vent.

    L'enfant était plongé hors le temps en sa rêverie lorsqu'il vit, sortant d'un des plis de l'écorce du grand arbre, un écureuil à la fourrure aussi sombre que son oeil était brillant.

    L'animal grimpa au bout d'une des branches dont les extrémités dominaient la combe, s'y immobilisa quelques secondes à l'écoute d'un signal dont Tamel ne sut rien, puis repartit en sens inverse pour disparaître à l'endroit précis ou Tamel l'avait vu surgir.

    ...

    Confiant en l'instinct du petit rongeur l'enfant libéra ses mains cadenassées l'une sur l'autre ainsi que ce petit grain de colère agrippé à son front.

    Aujourd'hui encore le grand Chêne et le vieux Archos tiendraient bon. 

     
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