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    Tamel avait écouté en silence les explications d’Archos.

    L’un et l’autre savaient bien qu’elles n’étaient en rien nécessaires mais les paroles aidaient à passer d’un temps à un autre. Elles préparaient l’enfant au renoncement et permettaient à l’ancien une caresse amicale de la voix propre à adoucir les séparations, l’exil qui attendait le jeune Tamel.

    -         Mon frère y a droit. Je sais le plaisir qu’il aura à revoir le monde par le regard, à goûter ses fruits par la bouche, à toucher ce qui est froid ou vivant du bout des doigts. Et son plaisir est par avance le mien. L’errance à travers l’inanimé me coûtera peu si je sais qu’à chaque respiration, Le Mat, à sa manière si peu expansive mais dissimulant un feu ardent, sera baigné de joie.

    -         Alors ne tardons pas ! Mettons nous de suite en chemin jusqu’à la grotte, à ce rocher dans lequel ton frère s’est retiré.

    -         Tu sais Archos que, bien que, jumeaux dépareillés, nous ayons ce corps en commun, Le Mat et moi sommes très différents.

    -         L’envers et l’endroit d’une même pièce.

    -         Et le contraire, te dirait Anthelm … oui !

    -         Poursuis ce que tu souhaites me dire …

    -         Plutôt qu’un rocher, il me plairait bien plus, dans un premier temps, de m’installer dans le corps d’un instrument de musique.

    -         Je n’en attendais pas moins de toi, dit l’ancien en souriant pour lui-même.

    Lorsque Le Mat et Archos revinrent vers le village, l’un entretenant l’autre de la mission dont il était le principal acteur, ils laissaient derrière eux, au milieu du chemin, une petite flutte de roseau que rien ne distinguait de celle qui distrait le berger de sa solitude.


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