• Les relations d'Uddiivin

     

     

    Archos était de plus en plus inquiet.

     

    L’écrivain public avait suivi, ou tout du moins tenté de suivre son conseil comme il l’avait promis, à savoir « de son mieux ». Ainsi, à défaut de se faire des amis, tâche qui était beaucoup trop au-dessus de ses forces, il s’était fait des relations.

    Lui qui ne voyait d’autres habitants du village que pour des motifs professionnels, en rapport avec le talent dont il faisait commerce, à savoir l’écriture et l’habileté dans le maniement des mots, lui qui évitait le plus possible, le contact, et la vue même de « l’autre », lui qui ne s’aimait que seul s’était efforcé de se rapprocher de ceux qui lui étaient le moins étrangers.

    Ainsi, chaque Jeudi après la sieste, il recevait chez lui un nombre, qui ne cessait de croître, d’Hûlien, avec lesquels il passait plusieurs heures à discuter.

    Au début, il tenta d’orienter la conversation vers le seul sujet susceptible de l’intéresser : le livre encyclopédique, mais très vite il y renonça, ce goût était peu répandu dans le village. Alors, spontanément les causeries voyagèrent sans but précis d’un sujet de ressentiment à un autre.

    Tantôt il était question de « cette peste de Damouce », de « l’incommodité de l’accès à l’eau dans le village » , « de la fréquence des incidents et évènements anormaux dans l’environnement de Tamel » ou encore « de cette montagne qui masque trop longtemps le levé du soleil et écourte son rayonnement le soir ».

    Uddiivin finit par s’habituer à ces présences, à cette animation régulière qui chaque semaine produisait en sa cuisine une rumeur audible dans une bonne partie du village. Il en vint même à oublier la raison pour laquelle il avait produit ces changements dans son quotidien.

    Oui, Archos était inquiet.

    L’eau n’était pas revenue chez Uddiivin, du moins pas sous une forme propre à sa consommation. Pire, tous les participants aux après-midi du jeudi avaient fini par réclamer et obtenir une conduite d’eau semblable à celle de leur hôte. Il semblait de plus que le tempérament de l’écrivain public déteignait peu à peu sur toutes ses « relations ».

     

    Un jour, Tolisre, membre de ce qui se nommait à présent le cercle des Eygues, suggéra que les réunions se déroulent dans sa demeure, non seulement parce qu’elle était bien plus spacieuse et qu’il fallait accueillir un groupe en inflation permanente, mais aussi parce que chez Uddiivin, pour la raison que l’on sait, il n’était possible de boire aucun liquide contenant de l’eau.

    Quelques semaines plus tard, le « robinet » de Tolisre, à son tour, ne produisait plus une seule goutte d’eau. Et comme chez Uddiivin, il était impossible de faire entrer dans sa maison la plus petite quantité « d’eau liquide ».

    Et bientôt il en fut de même chez tous ceux qui faisaient partie du cercle d'Uddiivin.

    Où tout cela allait-il s’arrêter ?


     
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