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    5 - Mi

     

    Le soleil était à son point le plus haut de la journée, pourtant toutes les rues étaient désertes. Peu à peu cependant des portes s’ouvraient, des visages y apparaissaient, ahuris et encore chargés de sommeil. Les yeux avaient visiblement beaucoup de peine à s’ouvrir, pourtant, très vite sur ces faces harassées, ils s’écarquillaient en grand.

    -         Comment ? Déjà midi, s’étonnait Jailpr, vieil homme dont la taille était à demi-mangée par la courbure que lui imposait l’âge.

    Très vite les langues se mirent en mouvement et développèrent dans toutes les directions de la pensée, ce que l’ancien avait exprimé en trois mots.

    -         J’ai l’impression de m’être à peine endormi – disait l’un.

    -         Mes bras sont encore tout chargés du labeur d’hier – ajoutait un autre.

    -         Pourtant il est bien midi … et un bien beau midi – Pensait à voix haute un troisième – Juste trois gros nuages assez crémeux pour nous renvoyer la lumière et donner de la profondeur à l’absence de ciel.

    -         Moi je retourne au lit – conclut une vénérable matrone – Midi ou pas midi, c’est encore ma nuit !


    A son carreau, Damouce riait doucement.

    Elle posa sa flûte et se mit à chanter. 

    « MI, doux, grave et profond et le temps, rendu glouton,
    mangera, à chacun
    , une pleine moitié de sa NUIT »


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    4

     

    Sur un rocher, à l’adret de la montagne, une grive se pose et, trahissant tous les goûts alimentaires des oiseaux de son espèce, picore goulument la chair d'un lichen plus que centenaire .

    Au même instant à l’ubac, une grenouille, croyant attraper un insecte, gobe l’ultime cendre d’une étoile filante, refroidie par une chute de la moitié du ciel.

    Au domicile d’Asselpa un homme jeta sur la table de la cuisine les dépouilles de deux animaux fraîchement occis.

    -         Tiens ! C’est tout ce que j’ai trouvé, mais cela devrait suffire à calmer ses envies – dit l’homme en caressant le ventre de sa compagne – à trois semaines il n’a pas encore la taille du plus petit de ces deux là.

    La nuit était tombée sur le village, Asselpa sentait en elle une douce chaleur, devinait une rencontre.

    « Et les anges du ciel virent les compagnes des hommes, les trouvèrent belles et les aimèrent ».


     


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    5 -

    Le bambin pouvait avoir cinq ou six ans. Il était assis, immobile sur une marche de la fontaine, les yeux grand ouvert, regardant de tous côtés les gens, les rues, les maisons, comme s’il était surpris de leur présence, comme s’il ne reconnaissait tout à fait ni les murs, ni les vivants.

    Anthelme, venu se rafraîchir d’un peu d’eau passée sur le front, la nuque et la commissure des lèvres, l’aperçut alors qu’il allait reprendre son chemin. Il s’approcha de l’enfant.

    -         Alors, petit ! Tu es perdu ? Où sont tes parents ? Ta maison ? Je ne crois pas t’avoir déjà rencontré dans le village. D’où viens-tu ?

    Ces paroles semblèrent troubler encore davantage l’enfant qui, levant la tête vers l’ancien, tendit son bras.

    -         Ma maison est par là … je crois.

    -         Comment t’appelles-tu ? Demanda le vieil homme en s’asseyant le plus lentement possible à côté de lui.

    -         Archie, on m’appelle Archie … il me semble. Chacune de ses réponses finissait en se brisant sur une note aiguë de doute.

    -         Anthelme prit l’un des gobelets en pierre qui se trouvaient au bord de la fontaine et se tournant vers le bassin plaça le récipient sous l’une des arrivées d’eau.

    -         Un peu d’eau fraîche ? demanda-t-il

    -         Volontiers lui répondit quelques secondes plus tard une voix qu’il lui était des plus familières.

    -         Archos ?

    -         Tu as l’air étonné de me voir !?

    -         L’enfant ! Où est passé l’enfant ?

    -         De quel enfant parles-tu ?

    De l’autre côté de la rue, une fillette chantait pour elle même une petite mélopée :

    «, et en catiMINI tu redescends les prairies de l’enfance,
    bien sur ! tu auras le tour
    NIS, mais croque bien cette innoCENCE»


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    De retour au village, Archos et celui que tous prirent pour Tamel, se dirigèrent de suite vers la demeure d’Uddivin.

    L’ancien bascula plusieurs fois le heurtoir et quelques instants plus tard, l’écrivain public leur ouvrit la porte.

    Il ne semblait pas très disposé à les faire entrer.

    -         Je te salue Uddiivin dit Archos. Pouvons nous parler un moment avec toi ?

    Uddiivin émis une grimace en tentant de leur sourire, puis fit signe de s’avancer.

    Il les conduisit jusqu’à un fauteuil placé au coin du feu et, avec un empressement qui ne lui était pas coutumier, vint placer à ses côtés deux des chaises de sa table de cuisine. Uddiivin s’affala alors dans le fauteuil, le vieillard et l’enfant s’assirent de part et d’autre de lui.

    C’est alors que leur hôte sembla s’apercevoir de la présence du Mat.

    -         Que fait donc Tamel avec toi ?

    -         Il est concerné par ce dont je vais t’entretenir.

    -         Parle, je t’écoute !

    -         Voilà  : Tu n’ignores pas que la plupart des inscriptions gravées sur chacune des maisons du village sont très anciennes et qu’un certain nombre d'entre elles sont même presque effacées. Je ne dirai pas illisibles, car dans le village ce mot n'a pas vraiment de sens puisque toi seul est capable d’en traduire la signification en parole.
    Nous pourrions attacher à cette disparition une importance relative, du fait qu’il ne s’agit pour la plupart des Hûles que de signes obscurs,  à l’esthétique agréable certes, mais qui pourraient avantageusement être remplacés par d’autres motifs plus agréables à l’œil et plus parlant à l’esprit.
    Ce serait une grave erreur. Car ce que beaucoup ignorent c’est que chaque phrase est attachée à la protection de la maison sur laquelle elle est gravée et que cette protection qui concerne notamment les périodes où le village voyage d’un lieu d’attache à un autre, n’est opérante que si elle reste lisible ne fusse que d'un seul d'entre nous. Nous devons donc absolument préserver ce patrimoine hérité du passé.

    Archos laissa passer un temps et observa l'étonnement du maitre des lieux, puis poursuivit

    -         Le conseil a donc décidé de te confier la restauration de ces inscriptions bénéfiques.
    -         Mais ! … J’ai beaucoup de travail … il y a … la correspondance avec les morts !
    -         Précisément ! Et c’est pour cette raison que Le M… euh pardon, que Tamel est ici avec moi.
    -          ???
    -         Tu connais la curiosité de cet enfant et les qualités particulières qui sont les siennes. Je te propose d’en faire ton apprenti. Enseigne lui l’art et le sens des signes, ainsi il pourra s’occuper du courrier des familles à leurs disparus et tu seras ainsi entièrement disponible pour le délicat travail de transcription des formules de protection de nos demeures. Bien évidemment, tu seras largement rétribué pour cet restauration, à la hauteur des talents qui sont les tiens.

    Uddiivin tentait de dissimuler son contentement.

    Non seulement il allait être débarrassé pour un temps d'une tâche qu’il jugeait indigne de lui et dont l’utilité lui semblait de plus en plus vaine, mais il allait aussi s’enrichir … et surtout, l’écrivain public aurait pendant le jour un enfant en sa demeure. Ce qui signifiait que, grâce à cette présence, il aurait à nouveau de l’eau dans ses cruches et dans ses vasques. Il ne serait plus obligé d’aller faire ses ablutions ou boire à la fontaine.

    Le Mat avait appris à lire et à écrire en moins d’une lune. Passé ce temps des premiers enseignements – Uddiivin assurait qu’il avait encore beaucoup à apprendre auprès de lui, mais ne lui adressait plus guère la parole – l’enfant s’était mis au courrier des morts.

    Il faut croire qu’il y mettait plus de cœur et de soin qu’Uddiivin car les amarres du village cessèrent bientôt d’osciller.

    Au « champ des disparus » les Hûles prirent même goût à réciter à haute voix les textes que Le Mat rédigeait pour ceux des leurs qui y reposaient.

    Tu es la pluie qui a nourri mes racines – L’eau de mes pensées est passée par ta bouche – De cela je te louerai tant que la vie coulera en moi – Sans jamais me lasser.



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  • 5 - Do

    Assoupie au coin du feu, Glihn s’éveilla soudain en sursaut. Il lui semblait avoir entendu une musique. Ou plutôt une note. Imprécise mais lancée avec tant de vigueur qu’elle l’avait extraite aussitôt de son sommeil.

    Glihn se souvint alors qu’elle s’était promis de rendre visite à sa tante, la vieille Clamile qui habitait deux pièces dans la maison d’à côté.

    Cette proximité aurait du rendre très fréquentes les visites de la nièce à Clamile – passer d’une maison à l’autre coûtait à peine quelques pas dans la rue – il n’en était rien ! Comme souvent, saisir ce qui est à portée de main est si facilement remis à plus tard, ainsi en était-il des passages chez sa tante que la jeune fille remettait au lendemain dès qu’une occupation plus impérieuse ou plus rare la sollicitait.

    Cette fois-ci, et la brusquerie de son réveil y était certainement pour quelque chose, si tôt qu’elle se remémora sa promesse, Glihn se leva, traversa la cuisine, ouvrit la porte sur la rue, y traversa cet espace que ses jambes avaient mémorisé depuis sa petite enfance et, sans toucher au heurtoir – la porte de Clamile n’était jamais fermée à clé et la vieille tante, un peu sourde – elle entra d’un pas vif.

    Elle sortit tout aussi rapidement en poussant un grand cri. Suivie du petit homme qu’elle avait surpris dans le plus simple appareil en train de se rhabiller au sortir du bain, lequel la couvrit d’injure jusqu’à ce qu’elle ait disparu à nouveau derrière sa propre porte.


    De la margelle d’un puits situé en face de cette saynète, une note semblable à la première traversa l’espace.


    Damouce posa sa flutte sur la pierre et murmura pour elle-même.

    -         Un do et deux demeures échangent leurs places
    Un autre do et elles regagnent le lieu de leur naissance.
    Comme c’est amusant !

     


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