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A la lisière d’une clairière, un enfant accroupi regarde vers le sol, entre les herbes.
- Bonjour et longue vie à vous Eternel ! Il fait un temps magnifique, frais pour la saison (vous avez peut-être deviné ces températures propres à figer l’eau la plus trouble) mais tout à fait vivifiant ...pour qui perçoit encore ces détails de la vie, bien sur ! - Tu parles aux pierres maintenant ? - Damouce !? Je ne t’avais pas entendu venir. Si tôt debout ?! Ton père sait que tu te promènes dans la forêt au petit matin ? - Tu parles aux pierres maintenant ? - Ne boude pas ! Ce n’est pas là un reproche que je te fais, mais tu risques de prendre froid, si peu vêtue (l’enfant était en habits de nuit) Allez, souris-moi un peu ! - Tu parles aux pierres maintenant ? - Je ne te répondrais que si tu ôtes ce vilain masque qui te fait ressembler à ...à un éternel !
Tamel avait touché juste, le visage de Damouce s’ouvrit et la lumière coula à nouveau de son regard. - Tu ne diras rien, hein ! Quand il fait beau comme cela, je n’arrive pas à rêver, alors forcément ça me fait sortir du sommeil. Dis Tamel, tu me racontes pourquoi tu parlais à ce gros galet ? - Ce n’est pas vraiment un galet. Ce que tu vois là est comme une sorte de peau. - Dure comme cela ? Il ne doit rien sentir ! Comment il fait pour être content ? - C’est une longue histoire et je serai bien imprudent de te conter tout cela immobile dans cet air glacial. Un jour, je te dirai la tragédie des Eternels ... - Oh Tamel ! - La gamine boudait de la bouche et souriait des yeux en même temps - Dis-moi un peu ! Juste un peu ! - C’est dommage de gâcher une histoire avec de l’impatience ... je peux seulement te dire qu’il y a très longtemps, des hommes et des femmes, un peu comme toi et moi, mais beaucoup plus savants, n’ont plus supporté les menaces et souffrances qui font de la vie la vie. Tu as devant toi la solution qu’ils ont cru trouver à ce qu’ils considéraient comme un problème. Plus de faim, de froid, de peur de l’autre, du danger d’être approché trop près, égratignés. - Je comprends pas tout, mais ... ça veut dire qu’ils sont morts ? - Non Damouce, justement non, et c’est peut-être cela le plus terrible. Si tu casses cette ... peau, au milieu, apparaîtra à tes yeux une sorte de petit vers transparent. C’est tout ce qui leur reste de corps. - Tu l’as déjà fait ? - Non Damouce, mais, autrefois, avant mon « petit creux » au front, j’ai voyagé à l’intérieur. - Depuis, je ne pense pas qu’ils aient reçu d’autres visites. - Ils doivent se sentir drôlement seuls ! - C’est ce qu’ils désiraient, ou plutôt, ils le croyaient. - Ramène-moi au village Tamel, ils me font bien plus froid que l’hiver, tes éternels !
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