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Passage

 


Une araignée traînant sa proie vivante entravée dans un savant tissage de fils lumineux et funestes.

 

 Elle ne fit qu’un bref passage sur la chair tiède de Tamel, entre l’épaule  et la hanche, préférant le contact plus neutre des herbes sèches du fossé

 

 Une colonne serrée de fourmis légionnaires à la recherche de tribus sédentaires de congénères à dévaster et rapiner.

Tamel sentit leur présence à travers la fine étoffe de sa tunique juste au dessus du genou. Elles étaient descendues dans le fossé par la racine d’un chêne qui le bordait. Peu craintives et toujours à la recherche de la trajectoire optimale, les fourmis traversèrent le visage de l’enfant de part en part et firent à peine le détour du « petit creux » qui subsistait encore au milieu de son front. Lorsque la dernière soldate de l’arrière garde quitta la chevelure de Tamel, près d’un quart d’heure s’était écoulé depuis le début du contact.

 

Il y eut ensuite un rat. Gros mais agile, il traversa le corps d’un seul bond. Puis une scolopendre dont la caresse aurait certainement agité l’enfant d’un fou rire en d’autres circonstances.

 

Enfin la chance lui sourit, lorsqu’une fauvette se posa sur sa joue et se saisit de ce qu’elle prit pour un ver. Un de ces vers aux éclats métalliques qui s’abreuvent des chairs des oranges et même des citrons, lorsque leur acidité faiblissante n’est plus suffisante pour les protéger de ces êtres voraces.

Ainsi, le dard fut-il arraché d’un coup de bec, de ce lieu si vulnérable, au centre du front de l’enfant où subsistait encore un petit creux.

Au même instant, la paralysie qui avait gagné son corps, le faisant choir dans un fossé, le quitta.

 

Tamel vivrait certainement demain ... et peut-être au-delà.

 

 

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