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Seize heures trente huit minutes. Le petit vieux avait fait durer son ballon de rouge presque deux heures, le vidant à minuscules lampées séparées de la durée la plus longue possible tolérable par le serveur, lequel était à l’affût d’une place disponible. Si l’agile serviteur du client était peu regardant pendant les après-midi quand la clientèle se faisait rare, il en allait tout autrement lors de la sortie des bureaux. Quelqu’un qui n’aurait passé que quelques minutes dans le bar aurait pu croire que ce petit être tassé devant son verre presque vide était un trompe l’œil peint sur l’arrière salle. Ce visage au regard à la fois absent – le point où il semblait se poser était bien au-delà des murs, de la rue, voire de la ville – et terriblement présent par l’intensité du noir de sa pupille, avait des contours presque trop dessinés – de telles rides sont elles réelles ? – et une expression qui aurait pu être l’un des clichés composant un ralenti. Seize heures trente neuf minutes. Deux clients se lèvent au même instant et franchissent presque simultanément le seuil de l’établissement, l’un s’effaçant devant l’autre en lui tenant la porte, et coupant par la même occasion le passage à une vieille femme voilée de noir qui arrivait au même instant de son côté. Le petit vieux, remerciant d’un signe de tête accompagné d’un bref regard le jeune homme qui lui avait si obligeamment rendu service, s’éloigna à pas hésitants en leur direction, mais fermes en leur amplitude. Tamel, faisant à nouveau preuve de sollicitude, maintint la porte ouverte et aida du bras la dame à entrer dans le bar. On aurait même pu penser qu’il l’y poussait malgré elle, si celle-ci n’avait pas apparemment manifesté, un instant plus tôt, la volonté d’y pénétrer. Vite ! A présent il fallait rentrer au village, à cette heure, chez les Hûles, jeunes ou vieux, tous étaient attendus. Ce soir, on pressait le raisin. |