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Il avait promis et aurait préféré perdre mille fois la vie que de manquer à sa parole. D’autant que celle-ci l’engageait vis-à-vis de son propre frère, celui-là même qui lui avait offert le plus précieux présent que l’on puisse faire à un vivant.

 

Vingt années à parcourir le monde en tous sens de son pas assoiffé, à se donner tout entier à ce pour quoi il se savait venu au monde, l’errance,  ce mouvement du corps qui lave l’âme et la nourrit de mets raffinés, abondants, parfois trop relevés mais toujours vivifiants.

 

Bien sur, il avait fréquemment souffert de la solitude et des morsures franches et réelles ou virtuelles et subtiles de ceux, plantes, bêtes, hommes qui avaient croisé son chemin.

Mais lorsqu’il retrouvait en pensée le contact de cette rivière vive et chargée de présence, dans laquelle il s’était immergé pendant tout le temps dont son frère lui avait fait l’offrande, lorsqu’il percevait en lui-même la trace de ses pas, Le Mat parvenait alors à l'absolu bonheur, pour un temps.

 

Quelques souvenirs pourtant lui tiraillaient ses chairs provisoires et griffaient son esprit de mélancolie.

Malgré ou à cause de cela, sans hésitation il se dirigea vers le grand chêne qu’autrefois il avait habité.

-           Je suis prêt, et remercie ta générosité. Reprend ce corps que tu m’as confié.

-           Pour vingt ans, frère, pour vingt ans. Ce corps est le tien autant que le mien.

Il m’obéit à nouveau ! Je vois que tu l’as entretenu avec amour, et respecté.

Soit béni ! Dans vingt ans, je te le rendrai.

 

Heureux de se déplacer à nouveau à la surface de la terre comme un être pesant, avec une pensée pour ce frère jumeau fidèle à sa promesse,  sans hâte, Tamel se dirigea vers le village des Hûles.

 

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