- FORET ! FORET ! FORET ! FORET ! FORET ! FORET ! FORET ! Le mot, presque un cri, jaillissait d’entre les lèvres roses de la minuscule fillette qui semblait prendre beaucoup de plaisir à le jeter par-dessus sa tête, remplissant le soudain silence des arbres et de tous ceux qui habitaient ce lieu.
- SOLEIL ! SOLEIL ! SOLEIL ! SOLEIL ! SOLEIL ! SOLEIL ! SOLEIL ! Lança Damouce en un geste joyeux et rayonnant, tout à l’image de celui qu’elle nommait ainsi et qui paraissait sourire en retour de cette bruyante salutation.
- FOURMIS ! - N’en fais pas trop à la fois Damouce ! Même le soleil régule son éclat. Sans cela, ce monde n’aurait pas duré bien longtemps. - Tu as raison Tamel. Je sens comme un brouillard en train de tomber juste derrière mes yeux. Il tourne lentement sur lui-même et quelque chose à l’intérieur de mes genoux lui répond. - Un peu de toi s’en est allé avec des mots, Damouce. La véritable parole ne se donne pas sans perte. - Mais alors, cette peste de madame H’rtin ? Elle qui ne s’arrête jamais ! Son petit-neveu m’a rapporté que même la nuit, elle raconte. - Cela Damouce, c’est tout autre chose. Même si les mots qu’elle utilise sont les mêmes. - C’est quoi alors ? - Du gazouillis. - Comme celui des oiseaux ? - Tout comme, Damouce, tout comme. Elle respire avec des paroles. Elle marque son contentement, sa tristesse ou sa colère d’exister et ça lui fait du bien. - Mais alors Tamel, moi, je gazouille souvent aussi ! - Oui Damouce et surtout ne t’en prive pas ! C’est excellent pour tout le monde. - Ces mots pour rien, tout vides qui veulent même pas dire ce qu’ils veulent dire ? - Comme pour les oiseaux, ce qui importe, c’est leur musique. ... Les deux enfants ont repris la direction du village. - Tamel ! - Oui Damouce. - Tu sais, madame H’rtin … - … - Je crois que je l’aime bien. Le mot si tu le regardes, l'écoutes, le dis pour le comprendre emprisonne ta pensée et tes membres. Eclate la musique de ses sinuosités ! il t’aidera alors à te libérer.
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