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Tamel avait repris son chemin. Cette halte, repli de l’âme dans une boucle du temps et du corps dans un fragment d’espace, lui avait beaucoup appris. Non pas en connaissances, en loi, codes ou mots précieux, mais en compréhension. Un peu du ciel, de l’horizontalité et de la terre s’était mêlé à lui. Dans le même temps, il avait perdu – mais de cela il ne s’en rendit compte que bien plus tard – une bonne partie des certitudes en mots qu’il avait sur ce monde. Non que le doute les ait renversés mais la seule présence d’un peu de réel les avait tout simplement dissous. Rendues immobiles, les petites constructions artificielles de son esprit avaient été aspirées par le néant.
Ainsi, de retour au voyage, le pas de Tamel était-il davantage un pas. Ainsi, le caillou, lorsqu’il ne risquait pas de modifier la direction de l’enfant, participait-il autant que le pied à la rencontre. Ainsi l’air donnait bien plus volontiers au buveur d’horizon ses parfums, sa lumière et les murmures dont il était le messager improbable. Ainsi, lorsque Tamel eut marché un jour entier, le petit village au milieu duquel il se cacha – dans la pierre massive d’où jaillissait l’eau commune – l’enfant en perçut la moindre tuile, la moindre tension de la mousse luttant entre froid, brume et lumière pour s’étendre, la moindre respiration des lèvres assoupies. Ainsi lorsque le soleil se leva, Tamel aurait pu raconter à chacun des habitants du village d’où venait chacune des gouttes d’eau qu’il allait s’incorporer pour un temps. Bien sur, il n’en fit rien. Sauf en de rares occasions où, ayant échappé à la surveillance des adultes, de vrais enfants – ceux qui ne savent rien du tranchant de la parole – vinrent jouer avec l’eau, rire avec elle et lui donner à boire leur joie d’ignorant.
Sans cesse le fil de sa pensée était repris par cette routine : suivre les mailles régulières et rassurantes du filet ce grand squelette blanc devenu si praticable depuis l’immobilité et l’absence des chairs. Mais, toujours aussi quoique imprévisible et rare l’éveil venait aube plus lumineuse touché sincère d’une autre créature vivante simple murmure offert. Alors pour quelques temps le parfum du réel emplissait son âme il redevenait présence. |