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Depuis l’aube, le bambin suivait Anthelme. Il progressait sur le rythme du vieil homme se tenant à une cinquantaine de mètres derrière lui, certain ainsi de ne pas être remarqué de celui dont la vue si prodigieusement fine de près, était très défaillante au-delà de quelques pas. Le guérisseur du village semblait chercher quelque chose et allait, apparemment au hasard ; d’un pan de prairie accroché au Barret, à quelque champ de la vallée, puis à une pâture tout en haut de Chamouse. En chaque lieu il examinait méticuleusement le sol, les herbes, fouillait les buissons. Jusque là ses recherches semblaient infructueuses. Distrait par une herbe étrange, Tamel laissa s’éloigner Anthelme, certain de le retrouver facilement. Soudain, derrière lui, Tamel entendit une voix tonner : - Mon ail ! Mon ail sauvage, tu l’as trouvé ! C’était Anthelme qui s’approchait, s’accroupissait au pied d’une des herbes et recueillait précieusement les petites graines que la poche transparente contenait. - De l’ail sauvage ? Mais tu ne te souvenait pas où tu l’avais semé ? - Oh que si ! Mais cette plante là est particulière et capricieuse, non seulement elle soigne la plupart des humeurs noires, mais elle ne pousse jamais où sa semence est jetée. - Et celui-ci, père Anthelme, celui-ci ? - Je ne sais pas trop encore. Il va falloir que je le goûte un peu. Il se pourrait bien qu’il convienne pour aider à sortir de l’hiver. - Mais père Anthelme, nous venons à peine d’y entrer dans l’hiver, et la neige n’est même pas encore venue adoucir nos montagnes ! - Pour la patience Tamel, j’ai encore un peu de celle d’il y a deux ans. Viens ! on la fera passer avec un gros bol de lait et une cuillère de miel. - Dis, père Anthelme, souvent j’ai les pensées qui sortent bien ailleurs que là où je les avais déposées. Tu crois que je suis un peu un ail sauvage ? Sans répondre, Anthelme prend la main de l’enfant et l’entraîne du côté du village. |