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L'Eternel

 

 

Un mois c’était écoulé depuis le jour du « passage de l’horizon » et Tamel avait parcouru de nombreux lieux, traversé des plaines, des forêts, des étendues d’eau de tous genres, des villages et même d’autres espaces tels que des montagnes. Non pas à la surface de leur peau, mais dans la profondeur de leur chair.

Le tout jeune enfant avait appris à reconnaître au toucher les différentes nuances de roche et à deviner leur épaisseur ainsi que la profondeur à laquelle elles coulaient.

Car cela aussi fut l’un des premiers fruits de ce voyage, Tamel avait compris que toutes ces substances qui semblaient immobiles, figées pour l’éternité dans l’attente d’un accident du destin, toutes ces matières à l’apparence rigide, cristalline, étaient en réalité en mouvement vers un lieu qui dépendait à la fois de leur nature et de leur environnement.

Il eut un jour le désir de rester à l’arrêt pendant un mois entier pour goûter cette sensation douce et fragile de la roche en mouvement à l’intérieur de l’espace qu’occupait son propre corps.

C’est ainsi qu’il découvrit, mis à nu par l’infime déplacement de la roche, un éternel et sa froide lumière sans pulsation, occupant en partie l’espace où se trouvait alors son épaule droite.

S’étant aperçu du regard étonné de Tamel, il sortit de son silence et dit :

-           Te voilà bien avancé maintenant, il va falloir que tu me donne un peu de ton désir de vie. A moins que quelqu’un d’autre ne puisse payer pour toi ?

Tamel comprit que la faim de l’éternel excédait de loin ce que son pauvre corps contenait de chaleur.

-           C’est que mon voyage est d’une grande importance pour les miens …

-            Certes, mais ce qui est écrit sur les lignes du temps ne souffre pas d’exception dans le monde des hommes.

-           Dans le monde des hommes, oui bien sur, révérend éternel ! Mais tu dois savoir que l’être que tu tiens par son épaule n’est que la moitié d’un homme.

-           Que dis tu là ?

-           Ce corps n’est pas seulement le mien, c’est aussi celui de mon frère dont l’âme habite présentement le grand chêne de la forêt des hûles. Ce ne serait pas justice de ta part que de lui retirer ce dont il n’a pas eut encore le temps de jouir.

-           Mais comment te nommes tu donc, petit enfant ?

-           Je suis Tamel du peuple des Hûles, ma mère est Asselpa et mon père un fier barbare dont je n’ai jamais connu ni les lèvres ni la voix.

-           Tamel ? Tamel des Hûles, et ton frère …le chêne !?

Vas, poursuis ta ligne à travers le monde et de temps à autres brûle un peu d’encens pour moi.

Le jeune garçon eut un frisson dans tout son être, et particulièrement son épaule droite, puis il se remit en marche à travers le grand corps lent de la montagne.

Pénétré par une pensée qui ne cessait de tourner dans sa tête : il lui faudrait un jour savoir ce que signifiait son nom. De ce jour, Tamel savait que, pour tous les vivants lui y compris, la totale immobilité, loin d’être lieu de quiétude et de paix, recelait parfois de bien grands dangers.

 

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