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L'Oreille

 


  

Les deux enfants, depuis l’intérieur de la grotte, le ventre allongé sur une litière d’herbes sèches, écoutaient et regardaient la pluie tomber en vagues désordonnées.

Le ciel était baigné de clartés prisonnières qui avivaient les couleurs des roches, des arbres, dénudés ou en aiguilles resplendissantes d’humidité.

De temps à autres une rumeur sauvage emplissait l’espace et Damouce applaudissait.

-         Que dit-il celui là ? Criait alors la fillette.

-         Que Chantarlm le colporteur, qui pensait arriver dans la soirée à notre village, s’est fait surprendre dans une clairière.

-         Et celui-ci, que dit-il ?

-         Qu’il est parvenu à s’abriter sous un très vénérable et très imposant chêne. Mais qu’une des branches a reçu la foudre. A présent, l’arbre est en feu.

 

Le calme était revenu et la pluie s’éteignait peu à peu.

Au loin, un cri porté par le silence, traversa l’espace, pénétra la grotte, puis s’en fut mourir, aux quatre coins de l’horizon.

Tamel devança la question.

-         Tous deux sont saufs. Un déluge soudain a éteint l’incendie. L’ancêtre aura une ramure un peu plus modeste ce printemps mais il s’en sortira.

-         Et Chantarlm ?

-         Pétrifié de terreur, il est resté collé au tronc. Il n’a rien, que quelques cheveux blancs de plus tout autour de sa crinière rousse.

L’enfant fit alors silence.

-         Qu’as-tu entendu Tamel ? Pourquoi es-tu si pâle ?

-         Rien Damouce, rien … Je songeais qu’il est tard et que nos parents, au village, vont être inquiets. Cet orage est fini, un autre approche, je crois. Rentrons vite !

Pendant le temps du retour, serrant la main de la fillette un peu plus qu’il n’était nécessaire, Tamel entendant sans fin dans sa tête, le dernier appel qu’il avait reçu.


Il avait enseigné à son oreille

le talent de prendre la forme

aussi étrange et démesurée fut-elle

de tout éclat de voix

celle de l’espace qui déchire l’orage

le hurlement définitif du dernier loup à l’agonie

ou même

le choc du hasard et du métal

lorsqu’il se referme sur les chairs

laissant s’écouler les humeurs

Ainsi,

même le silence au-delà des bords du monde

le nourrissait.

 

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T
Merci de ces encouragements à écouter Tamel et tenter de retranscrire ce qu'il me dit, en murmures, en gestes ...
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M
l'oreille, la voix, quel enchantement ce texte! Un texte qui réenchante mon oreille et qui donne envie de le mettre en voix, de le donner à entendre à d'autres, pour qu'à leur tour, oreilles se métamorphosant en voix... crois que tout cela a un nom... 
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T
(Sourire)² en voilà une jolie conclusion !
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A
et depuis ce jour-là, entendre "veut dire" aussi  comprendre...par la main;-)
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