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Un cri, suivit d’un second identique traversèrent la clairière où se trouvait le village. L’instant d’après presque tous les Hules, hommes, femmes, enfants et vénérables, se tenaient devant les maisons, sur le pas des portes ou dans la rue et regardaient le ciel. Un gigantesque corbeau y dessinait des courbes irrégulières jouant de l’étendue et des profondeurs, parfois sans aucun mouvement de ses ailes, d’autres fois en accélérant son vol de battements rapides et vigoureux. De temps à autres, après un piqué particulièrement appuyé, son corps couvrait d’ombre la quasi totalité du village.
Anselme donna de sa voix, grave comme l’ultime seconde « Que celui qui a emprisonné une petite corneille la relâche immédiatement !». A peine quelques secondes plus tard, chacun put voir une minuscule tâche noire rejoindre l’immense volatile qui avait inscrit sa révolte en une trace obscure et fugitive dans le ciel du village. Pendant quelque temps l’étrange couple dansa un ballet sauvage et harmonieux au dessus des maisons. Puis il plongea en direction du sol au point qu’on aurait pu croire qu’il allait s’y écraser. Il n’en fut rien. Les deux oiseaux rasèrent la foule, puis s’en furent en direction d’un des pics rocheux qui entouraient les Hûles. Ce fut seulement lorsqu’ils eurent disparu que l’on vit le corps étendu de Igorce le braconnier. Il était sans vie et sans regard. Les oiseaux avaient emporté ses yeux.
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