Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Rebonds

 

 


Par-dessus la petite haie de buis qui entourait la maison de Ghromell, l’enfant regardait le bûcheron à l’œuvre.

Son œil s’appliquait à ne rien perdre du geste et à deviner, à travers ce qu’il en percevait, toutes les composantes de l’habileté que chacun reconnaissait à celui qui, pour l’heur, fendait d’énormes billes de bois.

Tamel admirait l’économie des mouvements et de la vigueur en jeu dans chacune des ellipses que décrivait dans l’air, le tranchant du merlin, ainsi que l’équilibre parfait dans la séparation qu’opérait ce coin de fer au bout d’un manche.

Soudain, alors que Ghromell venait de poser une petite bûche sur le billot et qu’il avait amorcé son mouvement vers le ciel, un coup de vent pourtant peu violent, eut tout juste la force de faire choir la bûche.

Tamel entendit, et certainement une bonne partie du village des Hûles avec lui, une bordée de jurons, dont la plupart lui étaient totalement inconnus, jaillissant tels des fauves en fureurs, du carré bordé d’écume qu’était devenue la bouche du fendeur.

L’enfant se retint avec peine de rire aux éclats. Il s’empressa de s’éloigner discrètement, suffisamment loin pour pouvoir pouffer à son aise.

Il était d’ailleurs temps que lui aussi se mette à son ouvrage. Sa mère l’avait envoyé fendre leur propre bois à la clairière du nord et son apprentissage express, bien qu’à distance, devait être suffisant.

Depuis une demi-heure, de part et d’autre du billot de bois, les bûchettes éclataient. Tamel s’en sortait plutôt bien.

Une fois seulement il avait failli se blesser mais, à l’ultime instant, juste avant d’abattre son instrument, il s’aperçut, comme à travers le regard même de Ghromell, le nœud qui lui aurait dévié le merlin vers le genou ou même, lui aurait retourné l’épaule en faisant glisser son outil.

 

Pour la centième fois, Tamel posait un morceau de bois verticalement à la surface du billot.

Il levait le manche lorsqu’une légère brise fit basculer la bûche.

Aussitôt, la fatigue aidant, le sang commença à monter à ses tempes et la colère dans ses mâchoires, lorsqu’il se mit tout à coup à sourire.

 

Il reposa la cognée, mis ses mains dans ses poches et repris le chemin de la demeure familiale, non sans faire un petit détour.

Devant la maison où quelqu’un lui avait, à son insu, enseigné une part de son art …et un peu plus, sans s’arrêter, il héla le bûcheron et, recevant en retour un salut, il jeta un joyeux « Merci !! » puis poursuivit son chemin.

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article